vendredi 1 août 2014

"DEFENSE DES VALEURS OCCIDENTALES" : une rhétorique "datée", une postérité déroutante...







MANIFESTE DES INTELLECTUELS POUR LA DÉFENSE DE L' OCCIDENT ET LA PAIX EN EUROPE (1935)
A l’heure où l’on menace l’Italie de sanctions propres à déchaîner une guerre sans précédent, nous, intellectuels français, tenons à déclarer, devant l’opinion tout entière, que nous ne voulons ni de ces sanctions, ni de de cette guerre.
Ce refus ne nous est pas seulement dicté par notre gratitude à l’endroit d’une nation qui a contribué à la défense de notre sol envahi : c’est notre vocation qui nous l’impose.
Lorsque les actes des hommes, à qui le destin des nations est confié, risquent de mettre en péril l’avenir de la civilisation, ceux qui consacrent leurs travaux aux choses de l’intelligence se doivent de faire entendre avec vigueur la réclamation de l’esprit.
On veut lancer les peuples européens contre Rome.
On n’hésite  pas à traiter l’Italie en coupable, à la désigner au monde comme l’ennemi commun  - sous prétexte de protéger en Afrique l’indépendance d’un amalgame de tribus incultes, qu’ainsi on encourage à appeler les grands états en champ clos.
Par l’offense d’une coalition monstrueuse, les justes intérêts de la communauté occidentale seraient blessés, toute la civilisation serait mise en posture de vaincue. L’envisager est déjà le signe d’un mal mental, où se trahit une véritable démission de l’esprit civilisateur.
L’intelligence – là où elle n’a pas encore abdiqué son autorité – se refuse à â être la complice d’une telle catastrophe. Aussi les sous-signés croient –ils devoir s’élever contre tant de causes de mort, propres à ruiner définitivement la partie la plus précieuse de notre univers, rituels de milliers d’individus, mais la notion même de l’homme, la légitimité de ses avoirs et de ses titres – toutes choses que l’occident a tenues jusqu’ici pour supérieures et auxquelles il a dû sa grandeur avec ses vertus créatrices.
Sur cette notion où l’occident incarne  ses idéaux, ses honneurs, son humanité, de grands peuples, comme l’Angleterre, comme la France, se fondent pour justifier une œuvre colonisatrice qui reste une des plus hautes, des plus fécondes expressions de leur vitalité.et n’est-ce pas leur propre mission coloniale que ces grandes puissances devraient dès l’abord abdiquer, si elles voulaient, sans imposture, défendre à Rome de poursuivre en des régions africaines, où elle s’est acquis depuis longtemps d’incontestables droits, l’accomplissement de desseins qu’elle a loyalement formulés et préparés à découvert ?
Aussi ne voit-on pas sans stupeur un peuple, dont l’empire coloniale occupe un cinquième du globe, s’opposer aux justifiables entreprises de la jeune Italie et faire inconsidérément sienne la dangereuse fiction de l’égalité absolue de toutes les nations, - ce qui lui vaut, en l’occurrence, l’appui de toutes les forces révolutionnaires qui se réclament de la même idéologie pour combattre le régime intérieur de l’Italie et livrer du même coup l’Europe aux bouleversements désirés.
C’est à cette alliance désastreuse que Genève prête les redoutables alibis d’un faux universalisme juridique qui met sur le pied d’égalité le supérieur et l’inférieur, le civilisé et le barbare. Les résultats de cette fureur d’égaliser qui confond tout et tous, nous les avons sous les yeux ; car c’est en son nom que se formulent des sanctions qui, pour mettre obstacle à la conquête civilisatrice d’un des pays les plus arrièrées du monde (où le christianisme même est resté sans action), n’hésiteraient pas à déchainer une guerre universelle, à coaliser toutes les anarchies, tous les désordres contre une nation  où se sont affirmées, révélées, organisées, fortifiées, depuis quinze ans, quelques unes des vertus essentielles de la haute humanité.
Ce conflit fratricide qui mettrait la sécurité de notre monde à la merci de quelques tribus sauvages, mobilisées pour d’obscurs intérêts, ce conflit ne serait pas seulement un crime contre la paix, mais un attentat irrémissible contre la civilisation d’occident, c’est-à-dire contre le seul avenir valable qui, aujourd’hui comme hier, soit ouvert au genre humain. Intellectuels, qui devons protéger la culture avec d’autant plus de vigilance que nous profitons davantage de ses bienfaits, nous ne pouvons laisser la civilisation choisir contre elle-même. Pour empêcher un tel suicide, nous en appelons à toutes les forces de l’esprit.

Manifeste publié dans le  le  journal le Temps le 4 avril 1935, rédigé par Henri Massis et cosigné par Thierry Maulnier, Charles Mauras, Léon Daudet, Pierre Gaxotte, Brasillach, Drieu La rochelle…)
Solidarité de la droite intellectuelle pour l’expédition de l’Italie mussolinienne en Éthiopie et refus de toute sanction internationale  (la SDN) au nom de la « défense de l’occident », au moins de sa supériorité sur les « tribus » « arriérées » et de la paix nécessaire avec un pays et un régime qui depuis quinze années avait su porter haut "les vertus essentielles de la haute humanité".


Biblio : René Rémond les Intellectuels et la politique (article, 1959)
en ligne :  http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rfsp_0035-2950_1959_num_9_4_403029
et le Tome 2 du Soulèvement de la Jeunesse d'ISidore Isou (CICK, 1972) qui comprend une lecture originale de l'expansion coloniale et de l'impérialisme loin des canons marxistes habituels et du "rôle civilisateur" de l'occident défendu par les signataires du manifeste de 1935 qui, à lire ici et là les tribunes ne sont peut-être pas hélas sans postérité.... (consultable à la BNF pour ceux et celles qui...)




le titre programmatique Défense de l'Occident fut repris  comme titre d'une revue dirigée par Maurice Badèche de 1952 à 1982, d'inspiration nationaliste et radicale par bien des aspects....
( http://synthesenationale.hautetfort.com/archive/2012/03/03/defense-de-l-occident-histoire-d-une-revue-nationaliste.htm)

mercredi 30 juillet 2014

Perplexité, panique, reactions, incompréhensions : le vieux monde dans tous ses états

aujourd'hui...
Sarcelles, Barbès, Bastille, Dortmund, Francfort… et tout devrait reprendre de suite, dès le jour d’après, comme si de rien n’était, comme si rien n’était advenu… Il faudrait en somme s’habituer, accepter le train normal des choses : s’accoutumer aux ricanements des Dieudonné, s’accoutumer aux quenelles, s’accoutumer aux éruptions, aux poussées de la violence haineuse, s’accoutumer à ces horribles cris : « Morts aux Juifs !», « A mort Israël !» ; s’accoutumer… Hausser les épaules et s’accoutumer : ainsi va la France ; ainsi va l’Europe… S’accoutumer, s’habituer à l’antisionisme ce prête-nom de l’antisémitisme, se conformer à ce temps de plus en plus saturé par des cris de haine empruntés à une époque qu’on croyait révolue. S’habituer en attendant le crime suivant.
Car si le matraquage idéologique haineux n’induit pas mécaniquement le crime ; si, du délire idéologique haineux au crime, il y a un abime, une ingénierie étatique de l’extermination, n’ayons quand même pas la mémoire qui flanche : le discours de haine prépare, laboure, sarcle le terreau de l’innommable ; le discours de haine enracine par temps ordinaires l’innommable à venir comme fait naturel dans les structures mentales ; le pogrom est toujours d’abord verbal et ensuite seulement atrocité, cruauté, sauvagerie physique.
A force de regarder ailleurs, un jour nous nous réveillerons de notre amorphe conscience et il sera déjà trop tard : ça sera Kichinev, ça sera Bialystok, ça sera Wurtzbourg… Et notre part de responsabilité sera incontestablement immense : car laissez dire, laissez faire, c’est de fait participer à la propagation, à l’expansion de la barbarie.
 http://laregledujeu.org/2014/07/29/17554/antisemitisme-lachetes-et-silences/

Les manifestants propalestiniens de Paris, Nice, Lille et ailleurs constituent le vivier dans lequel se recrutent les djihadistes, et la plupart d’entre eux sont français de naissance. Mais ils revendiquent d’autres racines, une autre identité, font même allégeance à un autre pays que celui qui les a vus grandir, les a soignés, accueillis à l’école. C’est le problème, l’immense problème, que nous avons devant nous. Que leur avons nous appris ? Que leur avons-nous laissé faire ? Quel exemple leur donne Mme Taubira avec sa folle réforme du code pénal ? Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du PS, s’étonnait, mardi, au micro de Jean-Pierre Elkabbach, de voir ces questions d’identité surgir partout. Sans comprendre que la proposition de son parti, encore répétée, le 14 juillet, par son patron François Hollande, d’offrir le droit de vote aux étrangers (c’est-à-dire aux ressortissants d’Afrique et du Maghreb), était une cause de plus de la revendication identitaire. Nous allons vivre au rythme des fatwas du “calife” d’Irak et des tirs du Hamas.
http://www.valeursactuelles.com/l%E2%80%99intifada-commenc%C3%A9

Une gauche conformiste a longtemps évité de le voir : il existe bien, depuis quelques années, sur les franges d’une certaine jeunesse - dans les cités notamment - un antisémitisme d’un nouveau genre, qui prend tristement le relais des idées brunes diffusées par l’extrême droite traditionnelle. Les événements de Gaza servent ainsi de révélateur à une dégradation déjà à l’œuvre. Ainsi, il apparaît - on s’en doutait déjà - qu’on peut être à la fois exclu et intolérant, victime et bourreau, en butte au racisme et raciste soi-même.Au cœur de la République, après de décennies de pédagogie et d’appel à la mémoire, les préjugés les plus dangereux trouvent une nouvelle et glaçante incarnation. La faute n’en revient pas seulement à quelques gourous désaxés à la Soral. Une société fracturée où les élites économiques vivent dans un autre monde et où des politiques irresponsables agitent comme une torche leur obsession identitaire est également coupable.
 http://www.liberation.fr/societe/2014/07/22/dangereux_1068554

Il y a deux ans, Mohamed Merah avait représenté une sorte d’énigme pour les médias embarrassés par cette petite frappe métamorphosée en tueur, dont l’équipée sanglante révélait l’impuissance des services de renseignements français à prévenir les conséquences de l’islamisation des quartiers. Au moment du drame de Toulouse, la thèse encore largement admise était celle du profil « atypique », défendue par exemple par Gilles Kepel, celui d’un jeune djihadiste autoradicalisé ayant rencontré, sur le chemin d’un voyage initiatique en zone tribale au Pakistan, ses « frères d’armes » d’Al-Qaïda qui l’ont reconnu et adoubé. Anders Breivik, lui, avait plutôt suscité  l’hypothèse contraire : celle du bras armé d’une mouvance néo-fondamentaliste chrétienne organisée, dont Breivik devait être un simple exécutant. Mais aucune organisation suprématiste européenne ne se cachait derrière Breivik, même si la tragédie laisse craindre la multiplication possible de ce type d’explosion de violence individuelle à l’avenir. Il s’avère en revanche aujourd’hui que la mouvance fondamentaliste la plus dangereuse soit bien, en Europe, celle engendrée par les mouvements islamistes radicaux, le conflit syrien, remplaçant, dans le cœur des jeunes musulmans radicalisés, la cause palestinienne. Le recrutement de plus en plus important de jeunes djhadistes s’appuie néanmoins en partie sur les mêmes ressorts qui ont poussé un Breivik à passer à l’acte : frustration, absence d’échelle de valeur morale et fantasme de puissance. En cela le djihadisme n’est pas un corps étranger aux sociétés européennes qui existerait seulement grâce à l’endoctrinement efficace de jeunes naïfs de même qu’il n’est pas non plus un phénomène étranger à l’Islam qui ne serait que victime de la dérive fanatique de quelques-uns. Au contraire, il témoigne aussi bien du problème épineux de la relation entre religion et société dans l’Islam qu’il illustre les conséquences du sacre de l’individu moderne dont le désir de reconnaissance n’a d’égal que la frustration constante qu’il engendre dans les sociétés occidentales.
http://www.causeur.fr/portrait-de-lassassin-en-perdant-radical-28630.html

L'antisémitisme des années trente agonise et la grande solidarité antiraciste des années quatre-vingt a volé en éclats. On a affaire aujourd'hui à l'antisémitisme de ceux qui se disent les damnés de la terre, d'où l'embarras des progressistes. Ils n'en reconnaissent l'existence qu'à contrecœur et quand ils ne peuvent plus faire autrement. Ainsi parlent-ils aujourd'hui de «nouvel» antisémitisme pour un phénomène qui existe depuis près de trente ans. Cette haine ne vise d'ailleurs pas que les juifs. On l'a vu lors des manifestations qui ont suivi les victoires de l'Algérie dans la Coupe du monde, des rodéos de voiture au remplacement des drapeaux français par les drapeaux algériens sur les édifices publics, comme à Provins par exemple. Il s'agissait d'exprimer tout ensemble sa fierté nationale et son mépris pour la nation où l'on vit.
 http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2014/07/26/31001-20140726ARTFIG00004-alain-finkielkraut-au-nom-de-la-lutte-contre-l-islamophobie-on-sous-estime-la-haine-des-juifs-et-de-la-france.php
 comme hier...


En fait par le jeu combinée de la poussée démographique et de la mobilité sociale exigée par le développement, des postulats idéologiques de démocratisation qui régissent a priori les universités françaises depuis 1930, il s'agit de masses de jeunes que les fonctionnaires d'état à tendance idéologique , logocratique ont de plus en plus parquées sans prévision dans des campus de concentration ; ils se sentent, à l'appel des meneurs, physiquement assez forts pour "casser le système" qui extrait un petit nombre d''un plus grand (par concours et examens) et , en toute imprévision, ne voient que le présent : destruction immédiate des supériorités manifestes, après on verra.
Les opérations révolutionnaires peuvent cheminer un certain temps sous de tels couverts.
Ortega y Gasset a prophétiquement décrit dans LA révolte des MAsses, l'action de bas en haut d'un envahisseur vertical. L'un des signes les moins récusables du malaise d'une culture est de produire, trop vite et en trop grand nombre, ses propres barbares.
(...) Aujourd'hui plus que jamais, l'esprit grec devenu esprit scientifique, et l'esprit messianique devenu esprit révolutionnaire, s'opposent irréductiblement. L'existence de sectaires et de fanatiques à froid à qui la participation subjective à un corps de vérités révélées, à une gnose, donne, à leurs propres yeux, droit sur tout et sur tous, droit de tout faire et de se permettre, persiste encore en 1968 à poser une question de vie et de mort à une société qu'ils viennent de mettre une fois de plus, avec les prétendues "révoltes d'étudiants" au bord, non plus d'une guerre de religion, mais d'une forme peut-être prochaine de ce fléau historique : la guerre de civilisation.
Jules Monnerot, Sociologie de la Révolution, Fayard, août 1968

nb : pas assez "grecs", "scientifiques", "français", trop "frustrés", "identitaires", trop "d'ailleurs" pas assez "d'ici", susceptibles de tous les "pogroms", toutes les "cruautés"... Que réservent donc tous ces "vieux sages" à cette jeunesse qui les inquiète tant... la barbarie qui vient, un classique, un classique... et bien pour comprendre nos modernes "barbares", il faudrait que nos commentateurs atterrés dépassent le freudisme de comptoir, leurs préjugés de caste, leur ton apocalyptique (l'effondrement des valeurs traditionnelles..), un catastrophisme aveuglant, leurs phantasmes envahissants, le recours paresseux et déterministe à l'histoire et ses drames pour rendre compte d'un présent inédit...  Libérés de toute cette vieillerie rhétorique ils pourraient envisager plus sereinement, de manière quelque peu décalée, le désordre social ambiant ;
 
L’économie nucléaire met à la base de la sphère sociale, le désir insatisfait des biens existants ou possibles et installe comme juges provisoires, les agents du marchés, fondés sur les catégories de goût des emplois ; ceux-ci départagent par leur existence concrète le bien du mal, le normal de l’anormal.
Dès lors contrairement au freudisme et au marxisme, pour qui le normal et l’anormal dépendant des agents figés – le circuit « moral », la « censure » ou la « nécessité libidinale » suffisante chez le sexologue- ; la "mentalité" et « l’homme prolétarien » chez le philosophe économiste - en donnant au désir une force de combat certaine, grâce à l’action de l’externité créatrice, nous révélons les raisons du bouleversement et de la transformation collective des normes, de tous les domaines de la culture et de la vie.
Nous rendons l’économie responsable des névroses psychologiques individuelles et nous offrons aux impulsions psychologiques des fondements économiques, c'est-à-dire des bases quantitatives, mathématiquement formulables.
Des millions de « fous » (jeunes antisémites, nationalistes, révolutionnaires, assassins) qui échappent aux motivations psychanalytiques et qui passant entre les mains des psychiatres et de leur bavardage philosophique, sortent encore plus fous qu’ils n’y sont entrés, démontrent la nécessité et les pouvoirs futurs du territoire isouien de la science des peines- plaisirs.

 Isidore ISou
Traité d’économie nucléaire supplément  tome 1 chapitre 1 le désir paradisiaque et l’externité p.158/159 (CICK, 1972)


mardi 29 juillet 2014

MAI 68 REVISITED : dépasser la mythologie situationniste






Élargir l’école, prolonger l’enseignement, c’est qu’on le veuille ou non, d’une part éloigner le jeune de sa famille, d’autre part également l’éloigner du monde du travail, c’est finalement le placer hors classe ou plus exactement créer une nouvelle classe (..) une catégorie sociale nettement discernable est en train de prendre corps. Ce processus me semble inéluctable. Il faudra bien un jour consacrer dans les idées et les institutions cet état de fait et le plus tôt sera le mieux. Dores et déjà toute politique de la jeunesse qui omettra de se référer à une telle situation sera vouée à l’échec, plus encore elle engendrera les troubles les plus graves dans la société toute entière.



Vers un sous prolétariat ?

Si de profondes modifications n’interviennent pas dans l’organisation de la société, nous assisterons à l’apparition d’une masse sans cesse accrue d’individus non intégrés immédiatement par la société, sans pouvoirs ni droits propres, et pendant longtemps sans débouchés, le procédé qui consiste à prolonger la période de scolarité ou à entretenir un service militaire à défaut de guerres n’est qu’un expédient provisoire destiné à prolonger artificiellement un type périmé d’organisation sociale.

IL faut en effet souligner l’urgence d’une intégration immédiate des jeunes dans la société, par une consécration de leurs droits et de leurs pouvoirs, comme seul moyen de répondre valablement à la situation nouvelle. Alors que le jeune vivait autrefois dans sa famille, dont il était tributaire, il était concevable que ses droits et pouvoirs fussent exercés par son père, cette délégation recouvrant une réalité sociale, issue de la permanence et de la solidité de l’institution familiale. Les liens nationaux, comme les liens sociaux, étaient à base autocratiques, et l’intégration du jeune était parfaitement réalisée dès sa naissance et souvent au-delà de la majorité par la subordination au père de famille. Or la question qui se pose maintenant  est la suivante  qui à l’heure actuelle met en en ouvre les pouvoirs des jeunes ? Certainement plus les parents. Ces pouvoirs sont tour à tour neutralisés et exploités par des collectivités vivant sur des principes anciens appliqués à des situations nouvelles mal connues de telle sorte que chacun détient à la vérité en son  pouvoir la faiblesse de tous.

Nous constatons que chaque individu passe 30 à 40 années à lutter (ou à attendre) pour obtenir une fonction créatrice dans la société. Il n’en faut pas plus pour expliquer le marasme, le malthusianisme, la stagnation que l’on dénonce un peu partout. La fonction devient une fin en soi, alors qu’elle ne devrait être qu’un moyen. Elle coïncide fort tard avec la bonne situation, et le terme qui définit la conception, c’est un fauteuil où il fait bon se reposer, l’attente et la fatigue tenant lieu de mérite social.

C’est dire que le danger va s’aggravant au fur et à mesure que s’allonge la période improductive imposée à la jeunesse. Nous assistons à la naissance d’un sous-prolétariat, entièrement disponible, taillable et corvéable à merci, prêt à toute aventure propre à le sortir de l’inertie.



Politique de la,jeunesse ?

Nous considérons qu’une telle politique ne peut et ne doit pas se borner à une politique pour les jeunes mais surtout une politique par les jeunes. Une politique pour les jeunes est vouée au tâtonnement et au référendum permanent et stérile. La seule politique souhaitable sera celle qui consistera à fournir aux jeunes les moyens de se faire eux-mêmes. En fait la jeunesse ne sera véritablement intégrée dans la société que par une prise de conscience de ses possibilités. Ses possibilités, elle ne les trouvera pas dans le passé, l’histoire. La jeunesse est toute dans le présent, toute dans l’avenir. Son rôle est de rechercher le neuf dans tous les domaines et à tout instant car seul le neuf annonce l’avenir. Tant que la jeunesse sera privée des moyens qui lui permettent d’accomplir cette tâche, elle en sera réduite à cette position  de détachement, de refus de la vie sociale que nous avons analysée. La jeunesse n’est actuellement qu’une possibilité, elle n’existe pas. 

Claude Némaux, Panorama de la Jeunesse 1954, article publié dans le numéro 9 (et dernier) de la Revue Le Soulèvement de la Jeunesse (Marc O, Yolande De Luart), 1954

lundi 28 juillet 2014

FORTUNE ET INFORTUNES D'UN MOT


"La question, dès lors, c’est de comprendre pourquoi une idéologie réactionnaire s’est emparée de la sorte du mot "antisémite", traquant le prétendu "antisémite", ou le "nouvel antisémite", dans des zones soigneusement délimitées et ciblées, depuis Bourdieu jusqu’aux collégiens d’origine maghrébine, c’est-à-dire, pour l’essentiel, des intellectuels d’une part, des fils d’immigrés d’autre part. Or ce qui apparaît au fur et à mesure qu’on examine les textes, c’est le gain idéologique, stratégique même, qu’il y a à se revendiquer de la "lutte contre l’antisémitisme" quand il s’agit en fait bel et bien de tenir un discours qui, il y a seulement quelques années, disons avant le 11 septembre 2001, serait apparu clairement pour ce qu’il est, à savoir un discours de droite, ou d’extrême droite, la frontière étant de moins en moins claire. Pour en venir maintenant au titre de mon ouvrage, ce que j’entends par "réaction philosémite" c’est donc, sous le déguisement d’une lutte contre l’antisémitisme, une agression idéologique contre les fils d’immigrés, principalement arabes ou noirs, et les intellectuels, principalement progressistes" .
Yvan Segré auteur de La réaction philosémite, Éditions Lignes 2009, plus que jamais d'actualité !
la suite de l'entretien : http://www.affaires-strategiques.info/spip.php?article1579
les enjeux du débat :
http://lemondejuif.blogspot.fr/2009/09/la-reaction-philosemite-de-ivan-segre.html

MANIFESTATION AU CENTRE DE CULTURE CONTEMPORAINE A MONTPELLIER




18/07/14 - 21/09/14
Bas Jan Ader, Eleanor Antin, Robert Barry, Mel Bochner, Sophie Bélair Clément, Dominique Blais, George Brecht, Marcel Broodthaers, James Lee Byars, André Cadere, Dieudonné Cartier, Alejandro Cesarco, Kathy Constantinides, Jan Dibbets, Marcel Duchamp, Robert Filliou, Dora Garcia, Mark Geffriaud, Felix Gonzales-Torres, Dan Graham, Felix Gmelin, Jenny Holzer, Douglas Huebler, Khalil Joreige & Joana Hadjithomas, Alan Kaprow, On Kawara, Ben Kinmont, Nicholas Knight, Alison Knowles, Joachim Koester, Silvia Kolbowski, Mikko Kuorinki, Louise Lawler, Audrey Martin, Bruce Nauman, Garry Neill Kennedy, John Perreault, Adrian Piper, Roland Sabatier, Bettina Samson, Yann Sérandour, Mieko Shiomi, Mario Garcia Torres, Endre Tòt
Commissaire: Sébastien Pluot

Exposition du 18 juillet au 21 septembre 2014


Une lettre arrive toujours à destinations constitue le troisième volet de la saison  « Vous avez un message », après Conversations Electriques (22 juin – 15 décembre 2013) qui s’intéressait aux conversations à distance, et Dernières Nouvelles de l’Ether  (7 février – 22 juin 2014) qui explorait l’environnement électromagnétique à travers lequel nous communiquons.

Les messages qui transitent par une simple lettre comme par des média de télécommunication engagent l’établissement d’un pacte scellé entre expéditeur et destinataire. Mais un pacte dont les termes font l’objet de détournements, déviations et incertitudes : sommes-nous en mesure d’identifier l’authenticité de l’envoyeur ?  Ce message nous est-il vraiment destiné ? Transformons-nous le message à mesure que nous le découvrons ?  
De même, une œuvre atteint toujours plusieurs destinations car elle n’adresse jamais un sens univoque et se transforme par les interprétations qui en sont faites.   

Cette exposition est conçue comme un contrepoint critique à un environnement technologique qui nous sollicite et nous saisit par l’envoi incessant de messages à la fois personnalisés et programmés par des algorithmes qui substituent toujours plus des coordonnées informatiques à une adresse physique.


Cette exposition qui a donné lieu à un patient travail de recherche et d’archive, présentera des mouvements et des œuvres emblématiques de l’histoire de l’art des années soixante et soixante-dix. Des mouvements comme le Mail art ou Fluxus ont voulu faire rentrer la vie dans l’art, inscrivant l’œuvre dans le jeu, le quotidien et même le prosaïque. Ces œuvres seront mises en perspective avec  des œuvres d’artistes d’aujourd’hui dont certaines ont été produites par La Panacée. Des figures aussi essentielles de l’art, tels que Marcel Broodthaers, Felix Gonzalez-Torres ou Bruce Nauman côtoieront des artistes d’aujourd’hui qui, à l’instar de Ben Kinmont ou Mark Geffriaud, prolongent ces préoccupations essentielles dans un contexte où les technologies numériques règlent de manière croissante nos communications. 
(...) http://lapanacee.org/fr/exposition/une-lettre-arrive-toujours
    


NEWS FROM ACQUAVIVA : UN NOUVEAU THEATRE DES OPERATIONS, LA PLAQUE TOURNANTE (http://laplaquetournante.org)